Ma biographie – Votre histoire de vie devra être reliée à l’Histoire

Vous devrez lier votre récit de vie aux événements sociaux et historiques, insérer votre histoire personnelle dans l’histoire collective. Un exemple : vous avez vécu la Seconde Guerre mondiale étant enfant et vous racontez l’une de vos mésaventures ou un événement tragique que vous avez dû subir. Il va falloir situer ce fait dans le cadre historique d’alors. Aujourd’hui, grâce à l’internet, on trouve toutes les informations voulues, et quasiment immédiatement.

Mon travail de biographe de personnes inconnues du grand public (« Nègre pour inconnus ») se nourrit de deux possibles sources. Comme je l’explique sur mon site Votre biographie, la première est l’interview enregistrée de l’intéressé, la seconde est un texte écrit par lui-même et que je dois corriger, réviser ou réécrire.

Jusqu’à présent, nombre de mes clients ont vécu la Seconde Guerre mondiale. Quelquefois, ils ont été parmi les acteurs de certains événements historiques ; d’autres fois, qu’ils l’aient su ou non, ils en ont été très proches. C’est un cas similaire à ce dernier que je vais évoquer sur cette page.

Mais, que mes clients aient vécu ou non directement ces événements historiques, ils les relatent le plus souvent de façon extrêmement lapidaire, quelquefois pas du tout lorsque leur implication n’est pas directe. C’est dire que des dizaines d’années plus tard, ils n’ont toujours pas vraiment conscience d’avoir vécu au cœur même de l’histoire…

Hormis la mise en forme, votre travail va donc consister également à relier votre histoire individuelle à l’histoire tout court. Par conséquent, écrire son autobiographie consiste aussi un peu à faire le travail d’un historien. Il permet de la faire accéder au statut de mémoires, tout au moins partiellement.

Je précise mon exemple, celui de M. Michel P. dont j’ai rédigé la biographie et qui, adolescent pendant la guerre, résidait dans l’Oise. À l’origine, ses confidences ne comportaient que le premier alinéa suivant, soit seulement deux phrases qui évoquaient une étape de son exode avec sa famille :

« Finalement, nous sommes arrivés dans une ville de la banlieue de Paris dont je ne me souviens plus du nom. C’était peut-être Saint-Denis ou Saint-Ouen, mais je n’en suis pas certain.

C’est peu… Or, d’après le reste de son récit, il était clair que ces deux phrases devaient être reliées à l’entrée des troupes allemandes dans Paris, l’été 1940. J’ai donc recherché ces événements sur la Toile et, avec son accord, j’ai complété ainsi. C’est le type de travail que vous devrez faire vous aussi :

« Au même moment, à Paris, à quelques centaines de mètres, s’est déroulé une série d’événements majeurs que je n’ai appris que bien plus tard, après la guerre.

Donc après ma recherche…

Du 8 au 13 juin, la ville s’est presque entièrement vidée de ses habitants. À compter de ces jours-là a commencé le fameux débat français : pour ou contre la poursuite de la guerre ? J’y reviendrai plus tard pour expliquer des événements bien familiaux cette fois.

Le 13, Paris a été déclaré « ville ouverte ». De ce jour aussi, tout combat y a été interdit. Par contre, le harcèlement des troupes allemandes s’est poursuivi en banlieue. Le 14 juin, les Allemands sont entrés dans Paris. À ce moment-là, la ligne de progression de leurs unités s’étirait de Provins à Rambouillet en passant par Corbeil, donc nettement au sud de la capitale. A 7 h 30 du matin, et sous menace de son bombardement, un cessez-le-feu a été signé autour de Paris. Tous les drapeaux français qui se trouvaient au fronton des édifices ont alors été saisis et immédiatement remplacés par des drapeaux à croix gammée. Le même jour, la parution des journaux a été interdite. Pour informer les rares Parisiens qui n’avaient pas encore fui, des voitures diffusaient un message par haut-parleur. Il commençait ainsi : « Les troupes allemandes occupent Paris… » Toute circulation y était désormais interdite entre 21 heures et 5 heures du matin. Le même jour, les Allemands ont mis Paris à l’heure de Berlin et les troupes ennemies ont aussi effectué leur premier défilé sur les Champs-Élysées. Dès lors, ils en ont fait un rituel quotidien, ceci afin de bien rappeler aux Parisiens qu’ils étaient occupés. Le 14 juin encore, le gouvernement français s’est installé à Bordeaux.

Au su des événements que je viens de relater, je crois avoir compris par la suite que nous sommes arrivés dans cette banlieue de Paris dont le nom m’échappe le 14 juin, juste avant que les Allemands ne franchissent les portes de la capitale… »

Dans cette optique de lier votre histoire personnelle à l’histoire collective et aux événements sociaux, l’excellent site Kronobase, avec ses multiples possibles entrées, vous sera d’une aide plus que précieuse.

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