Ma biographie – Commencez à écrire votre récit de vie seulement avec des mots

Le moment certainement le plus difficile de l’écriture de votre autobiographie sera en fait celui qui la précède… Il vous faudra pas mal réfléchir et opérer des choix.

Dans cette optique, il me paraît plus judicieux de commencer à écrire seulement avec des mots, et non avec des phrases. Sur Word, écrivez des mots qui correspondent à tel événement, telle anecdote, tel souvenir de votre vie, telle parole entendue, à un événement historique ou social qui a eu un impact sur vous, à un lieu qui revêt de l’importance pour vous, à telle personne qui vous a influencé, au conflit qui a marqué votre vie, aux crises que vous avez vécues, à vos succès, vos erreurs, vos échecs, vos idées, vos opinions, etc., bref, ratissez tout ce que vous pouvez en attribuant à chaque coup de râteau une date, même approximative. On peut appeler cela un calendrier. Afin que la suite du travail soit relativement aisée, limitez-vous à 10 ou 12 mots au maximum de façon à pouvoir les faire tenir sur une seule ligne. Exemple (ici, la mise en page ne permet pas une seule ligne) :

  • 1918 : naissance père / bref portrait, intelligence, situation sociale, anecdote racontée, etc.
  • 1925 : naissance mère / bref portrait, douceur, anecdote racontée, etc.
  • 1947 : mariage grâce à pneu crevé (ashkénaze + sépharade = c’était mal parti)
  • 5 novembre 1948 : ma naissance (idem BHL, zut alors !)  
  • Vers 1953 : doute sur Père Noël (anecdote)
  • À partir 1955 : mémé de Paris. L’emmerdeuse.
  • Vers 1954 : j’imite les cris des oiseaux (panique de Mme Artaud)
  • Vers 1955 : sentiment que réalité ailleurs / autre / différente
  • À partir 1955 : insolence avec parents c / « Qu’il est sage votre enfant. »
  • À partir 1955 : Bayonne à cette époque
  • 1956 : plage – pipi dans bouche ouverte de mon père qui dort
  • À partir 1957 : j’admirais Napoléon
  • 1958 : maman : « J’ai demandé le divorce ! »
  • 1956 et après : La tantine de Bayonne (2 anecdotes)
  • À partir 1960 : lecture d’Hemingway
  • Etc.

La rédaction de ce calendrier devra obligatoirement vous prendre plusieurs jours, voire plusieurs semaines en laissant reposer de temps en temps. N’écrivez rien d’autre avant d’être quasiment certain d’avoir fait le tour du propriétaire, de votre naissance ou de celle de vos parents à aujourd’hui et toujours en respectant une ligne maximum par idée.

Vous allez vite vous rendre compte de l’énormité de la tâche à venir, bien plus énorme encore que ce que vous pouviez penser avant ce « petit » exercice… Une vie apparemment sans histoires, voire même plutôt terne, est une somme considérable d’événements de toute nature. Une histoire de vie est aussi bien souvent extraordinairement complexe et éminemment paradoxale. Il est bien évidemment impossible d’écrire toute sa vie et il est tout aussi évident que vous ne le ferez pas. Il va donc falloir choisir. Ce sera la seconde difficulté.

Sélectionnez les lignes les plus intéressantes – par exemple en les mettant en gras, comme ci-dessus – mais toujours en vous mettant à la place de vos lecteurs et en commençant à imaginer la façon dont vous allez écrire la séquence ou le chapitre en question pour pouvoir les captiver, les étonner, les émouvoir, les amuser, les faire s’identifier à vous, les faire réfléchir, etc.

Une fois ce travail effectué, prenez du recul par rapport à votre histoire, demandez-vous ce qu’au fond elle signifie et commencez par éliminer impitoyablement les lignes qui ne vont pas servir à l’idée maîtresse que vous voulez faire passer. Dans un premier temps, barrez-les seulement, vous les effacerez lorsque vous serez certain de leur inutilité.

Vous n’intéresserez pas vos lecteurs avec ce qui est peut-être important pour vous. Par exemple : votre premier amour. Qui n’a pas vécu un premier amour ? C’est plutôt ordinaire. Ce qui est ordinaire, il vous faudra le rendre attrayant ou extraordinaire par la forme, par le style. Vous en sentez-vous capable pour telle ou telle séquence ? Sinon, éliminez-la aussi !

Une fois ce grand nettoyage effectué, vous pourrez peut-être commencer à réfléchir à un titre. Inscrivez-le en tête de votre fichier Word et en majuscules. Il sera certainement provisoire. Vous l’affinerez ou le modifierez par la suite. Et ce sera ce titre qui va également vous permettre d’éliminer encore ce qui avait pu vous paraître important mais qui ne l’est en fait pas pour donner une idée du regard que vous portez sur votre vie.

Voilà, vous détenez la base de votre autobiographie !…

Ma biographie – La toute première phrase de votre texte doit donner le ton

La toute première phrase de votre récit de vie doit donner le ton. On l’appelle l’incipit. Il doit renseigner soit sur vous-même, votre personnalité, votre caractère, soit sur ce qu’est ou ce qu’a été votre vie. Peut-être parce que je suis trop habitué à lire des platitudes, lorsque j’attaque le début de la plupart des autobiographies qui me sont soumises, je n’ai qu’une envie : aller faire un tour pour respirer un bon bol d’air frais avant de devoir de nouveau subir le même supplice que tant de fois auparavant…  Si vous êtes une personne plutôt gaie, optimiste et si vous souhaitez faire sourire le lecteur et, au fond, l’accrocher, à la phrase suivante…

Mon père est né en 1900 à Narbonne. C’était donc la fin du XVIIIe siècle.

préférez-en une autre, du style de celle-ci :

Mon père est né en 1900 à Narbonne, donc juste avant que le XVIIIe siècle ne claque la porte. On s’y attendait, c’était inéluctable.

Même si la recherche d’une petite finasserie de ce style vous demande du temps, peu importe, c’est la première phrase, il faut lui accorder la plus extrême importance.

Autre exemple. Essayez d’éviter un trop banal :

Je suis né le 8 août 1925, à Narbonne, en plein milieu des Années folles.

Un tel incipit ne renseignera aucunement le lecteur sur votre personnalité ni sur la suite de votre vie. Préférez-lui :

Je suis né au siècle dernier, le 8 août 1925 à Narbonne, cinq ou six ans avant cette fripouille de Père Noël, mais bien après Moïse et même David. Quand je repense à mes jours, je me dis quelquefois qu’il n’est pas impossible que ma mère m’ait bercé dans un petit couffin d’osier et de chance.

Sachez enfin qu’on ne trouve généralement le bon incipit qu’après avoir fini d’écrire la totalité du manuscrit…

Ma biographie – Votre histoire de vie devra être reliée à l’Histoire

Vous devrez lier votre récit de vie aux événements sociaux et historiques, insérer votre histoire personnelle dans l’histoire collective. Un exemple : vous avez vécu la Seconde Guerre mondiale étant enfant et vous racontez l’une de vos mésaventures ou un événement tragique que vous avez dû subir. Il va falloir situer ce fait dans le cadre historique d’alors. Aujourd’hui, grâce à l’internet, on trouve toutes les informations voulues, et quasiment immédiatement.

Mon travail de biographe de personnes inconnues du grand public (« Nègre pour inconnus ») se nourrit de deux possibles sources. Comme je l’explique sur mon site Votre biographie, la première est l’interview enregistrée de l’intéressé, la seconde est un texte écrit par lui-même et que je dois corriger, réviser ou réécrire.

Jusqu’à présent, nombre de mes clients ont vécu la Seconde Guerre mondiale. Quelquefois, ils ont été parmi les acteurs de certains événements historiques ; d’autres fois, qu’ils l’aient su ou non, ils en ont été très proches. C’est un cas similaire à ce dernier que je vais évoquer sur cette page.

Mais, que mes clients aient vécu ou non directement ces événements historiques, ils les relatent le plus souvent de façon extrêmement lapidaire, quelquefois pas du tout lorsque leur implication n’est pas directe. C’est dire que des dizaines d’années plus tard, ils n’ont toujours pas vraiment conscience d’avoir vécu au cœur même de l’histoire…

Hormis la mise en forme, votre travail va donc consister également à relier votre histoire individuelle à l’histoire tout court. Par conséquent, écrire son autobiographie consiste aussi un peu à faire le travail d’un historien. Il permet de la faire accéder au statut de mémoires, tout au moins partiellement.

Je précise mon exemple, celui de M. Michel P. dont j’ai rédigé la biographie et qui, adolescent pendant la guerre, résidait dans l’Oise. À l’origine, ses confidences ne comportaient que le premier alinéa suivant, soit seulement deux phrases qui évoquaient une étape de son exode avec sa famille :

« Finalement, nous sommes arrivés dans une ville de la banlieue de Paris dont je ne me souviens plus du nom. C’était peut-être Saint-Denis ou Saint-Ouen, mais je n’en suis pas certain.

C’est peu… Or, d’après le reste de son récit, il était clair que ces deux phrases devaient être reliées à l’entrée des troupes allemandes dans Paris, l’été 1940. J’ai donc recherché ces événements sur la Toile et, avec son accord, j’ai complété ainsi. C’est le type de travail que vous devrez faire vous aussi :

« Au même moment, à Paris, à quelques centaines de mètres, s’est déroulé une série d’événements majeurs que je n’ai appris que bien plus tard, après la guerre.

Donc après ma recherche…

Du 8 au 13 juin, la ville s’est presque entièrement vidée de ses habitants. À compter de ces jours-là a commencé le fameux débat français : pour ou contre la poursuite de la guerre ? J’y reviendrai plus tard pour expliquer des événements bien familiaux cette fois.

Le 13, Paris a été déclaré « ville ouverte ». De ce jour aussi, tout combat y a été interdit. Par contre, le harcèlement des troupes allemandes s’est poursuivi en banlieue. Le 14 juin, les Allemands sont entrés dans Paris. À ce moment-là, la ligne de progression de leurs unités s’étirait de Provins à Rambouillet en passant par Corbeil, donc nettement au sud de la capitale. A 7 h 30 du matin, et sous menace de son bombardement, un cessez-le-feu a été signé autour de Paris. Tous les drapeaux français qui se trouvaient au fronton des édifices ont alors été saisis et immédiatement remplacés par des drapeaux à croix gammée. Le même jour, la parution des journaux a été interdite. Pour informer les rares Parisiens qui n’avaient pas encore fui, des voitures diffusaient un message par haut-parleur. Il commençait ainsi : « Les troupes allemandes occupent Paris… » Toute circulation y était désormais interdite entre 21 heures et 5 heures du matin. Le même jour, les Allemands ont mis Paris à l’heure de Berlin et les troupes ennemies ont aussi effectué leur premier défilé sur les Champs-Élysées. Dès lors, ils en ont fait un rituel quotidien, ceci afin de bien rappeler aux Parisiens qu’ils étaient occupés. Le 14 juin encore, le gouvernement français s’est installé à Bordeaux.

Au su des événements que je viens de relater, je crois avoir compris par la suite que nous sommes arrivés dans cette banlieue de Paris dont le nom m’échappe le 14 juin, juste avant que les Allemands ne franchissent les portes de la capitale… »

Dans cette optique de lier votre histoire personnelle à l’histoire collective et aux événements sociaux, l’excellent site Kronobase, avec ses multiples possibles entrées, vous sera d’une aide plus que précieuse.

Ma biographie – Conseil préliminaire pour écrire votre biographie

Quelque soit le genre littéraire, on n’écrit pas parce qu’on a des idées ; on a des idées parce qu‘on écrit… Si ce n’est déjà fait, il faut donc vous y mettre, même si votre jactance est très imparfaite. On commence souvent par du pas très joli…

Ma biographie – Racontez votre vie au micro, « on » l’écrira pour vous…

Mon tout premier conseil, bassement matériel : dotez-vous d’un logiciel de reconnaissance automatique de la parole. Il possède deux fonctions qui vous seront très utiles.

La première : vous parlez dans le micro et il se charge de transformer vos propos en texte, par exemple dans Word. C’est-à-dire qu’il écrit pour vous… Vous réalisez ainsi une très importante économie de fatigue et de temps. De plus, il ne fait ni faute d’orthographe ni de grammaire… Tout au moins en théorie, c’est-à-dire si votre élocution est fluide, sans la moindre hésitation, d’une rapidité normale et si vos phrases sont dites dans un français correct. Il est bien sûr possible de l’arrêter entre deux phrases pour penser à la façon de formuler la suivante correctement. Et comme les miracles n’existent pas, sachez quand même que, de temps en temps, il persistera toujours à faire des fautes. Il faut donc constamment surveiller ce qu’il écrit. Mais j’estime que, tout bien pesé, l’investissement vaut vraiment le coup.

L’un des principaux autres avantages d’écrire votre autobiographie à la reconnaissance vocale, c’est que, vous libérant entièrement du geste technique – la saisie au clavier -, elle vous permet beaucoup plus de concentration sur la pensée elle-même, donc de distanciation par rapport à vous-même et d’objectivité. Au final, la qualité du manuscrit doit forcément s’en ressentir, et de beaucoup. Je l’ai expérimenté par moi-même pour ma propre autobiographie, j’en parle donc en connaissance de cause.

Sa seconde fonction, inverse à la précédente : il transforme n’importe quel texte en parole artificielle que vous pouvez donc écouter. En deux mots, il vous lit votre texte comme le ferait pour vous une autre personne si vous ne saviez pas lire ou si vous étiez mal-voyant… Très utile pour vérifier la fluidité dudit texte ainsi que la cohérence du manuscrit au final. Mon lecteur est en fait une dame que j’ai baptisée Paulette. Elle cause très bien et, la plupart du temps, elle y met même le ton…

Je dois quand même ajouter qu’une certaine pratique est nécessaire avant de bien maîtriser l’engin. Je précise aussi qu’il en existe plusieurs marques et plusieurs modèles dans chaque marque, que certaines marques ou certains modèles sont excellents, que d’autres sont catastrophiques, à moins que vous ne vouliez vous lancer dans la littérature absurde…

J’utilise personnellement une ancienne version de Dragon NaturallySpeaking de chez Nuance dont je suis très content. Mais il paraît que les plus récentes, pourtant annoncées comme beaucoup plus performantes, ne sont pas à la hauteur. On dit aussi sur la Toile que le logiciel gratuit de Microsoft qui est livré avec la plupart des ordinateurs réalise d’excellentes performances. C’est peut-être vrai aujourd’hui avec les nouvelles versions, mais lorsque je l’avais essayé il y a de cela plusieurs années, il faisait partie des logiciels à produire des textes comiques…

Si vous avez recours à cette solution, optez résolument pour le micro sur table et surtout pas pour le casque, même très léger, qui présente plusieurs inconvénients.